jeudi 16 février 2017

Irisée déco. Du dessin à l'objet

Des produits fabriqués à partir de mes dessins. A découvrir dans :
https://www.bagsoflove.co.uk/stores/iriseedeco/homeaccessories















samedi 11 février 2017

Black & White

Black & White


lundi 6 février 2017

Symbolisme – Sortilèges de l'eau



à propos de l'exposition Symbolisme – Sortilèges de l'eau, à la fondation Pierre Arnaud, Lens.

Le symbolisme, mouvement artistique apparu dans la seconde moitié du XIXe siècle, représente un renouvellement esthétique et thématique, qui s'oppose au matérialisme et au réalisme pour trouver des sources d'inspiration dans la mythologie et la littérature ancienne ou moderne, dans les mondes des légendes et du rêve. Baudelaire en a été le précurseur en poésie, le symbolisme ayant repris certains traits romantiques, comme l'idéalisme et la subjectivité. L'esthétique symboliste a été par la suite développée par Stéphane Mallarmé et Paul Verlaine. On peut trouver également, dans la peinture, l'influence des Préraphaélites, dans le rôle accordé à la narration, et la perméabilité entre l'image et le récit. Mais le symbolisme représente avant tout le triomphe de l'imagination et de l'idée sur la nature ; la manifestation d'une vision personnelle et souvent cryptique, faite d'échos mystiques, d'évocations féeriques et de l'étrangeté propre au rêve. Une esthétique que l'on retrouve en France, en Belgique et en Russie principalement, et qui concerne autant le roman -comme À Rebours, de J.K Huysmans, ou Bruges-la-Morte, de Georges Rodenbach-, que la peinture, mais aussi l'illustration, l'affiche, la sculpture ou même la musique. C'est par ailleurs un aspect caractéristique de l'époque, qui consiste à établir des passages entre des domaines artistiques différents. Aesthetic Movement, Art Nouveau, Arts & Crafts... L'art de cette époque a beau être innovant, singulier, voire subversif, il demeure toujours décoratif, dans le sens où il fait irruption dans la banalité du quotidien et a pour vocation de le transformer. (1)

Le sumbolon (σύμβολον) était, dans la Grèce antique, un tesson de poterie brisé en deux morceaux, dont le parfait emboîtement des fragments une fois réunis constituait un signe de reconnaissance pour les porteurs de chaque moitié. Le symbole pictural renvoie ainsi à une autre réalité, à un autre récit que le spectateur peut reconnaître, ou déchiffrer, à partir du fragment qui lui est offert. Les interprétations peuvent être aussi diverses que les références possibles. Cette exposition explore un thème souvent traité dans la peinture symboliste : l'eau dans tous ses aspects légendaires et mystérieux : créatures aquatiques bienveillantes ou dangereuses ; eaux claires, dormantes ou troubles ; histoires de séduction et de mort ayant pour cadre la mer, les lacs ou les sources. Les œuvres sont agencées d'après les « sujets accueillis » dans les premières expositions symbolistes : le Rêve, l'Idéal, le Mythe, la Légende, l'Allégorie et la Paraphrase. (2)

Le cadre nous emmène dans le sujet classique du paysage, qui est souvent ici une projection psychique, un lieu propice aux manifestations prodigieuses. Chez Jean Delville, le Paysage aux cygnes (1887-1888) ou la Figure allongée dans un paysage au clair de lune (1888) montrent des décors sombres, silencieux, presque inquiétants, qui suggèrent le monde du songe, mais aussi le deuil et la mort. Chez d'autres peintres, le paysage est moins onirique mais tout aussi singulier et stylisé. Les vues lacustres de Ferdinand Hodler, ou marines, de Félix Vallotton, offrent des tonalités chatoyantes et des lumières irréelles. Certains de ces paysages aquatiques ou verdoyants entourent et mettent en valeur les personnages, d'autres les engloutissent littéralement, comme l’Ophélie de Paul-Albert Steck, qui montre la figure shakespearienne du désespoir et de la folie en train de se noyer. Le pessimisme et le sentiment tragique est un trait récurrent de l'esthétique symboliste, entre autres dans sa vision de la femme.

La féminité est proche de l’élément aquatique dans un contexte fantastique ou mythologique ; elle se décline dans des formes multiples : déesses, sirènes, néréides, naïades, nymphes, ondines, fées, voire dans une catégorie incertaine, comme la Mélisande de Maeterlinck. Il est fréquent que la féminité ait ici une dimension ambiguë ou fatale, qu'elle annonce ou soit à l'origine d'un danger, voire que la femme soit une victime, comme Ophélie, mais la femme près de l'eau est aussi le thème pictural classique de la baigneuse, et une figure allégorique suggérant la vitalité et la fécondité lorsqu'elle personnifie la sources.

Cette balade picturale « au fil de l'eau », nous permet de découvrir ou de redécouvrir des œuvres, en provenance de musées et de collections privées, de Charles-Clos Olsommer, Albert Trachsel, Carlos Schwabe, Fernand Khnopff, Auguste Baud-Bovy, Émile Gallé, Félix Vallotton, parmi bien d'autres.

  1. le caractère décoratif de l'art symboliste a été évoqué par Gabriel-Albert dans son essai Le Symbolisme en Peinture : Paul Gauguin, publié en 1891 :

    Or, qu'on veuille bien y réfléchir, la peinture décorative c'est, à proprement parler, la vraie peinture. La peinture n'a pu être crée que pour décorer de pensées, de rêves et d'idées les murales banalités des édifices humains. Le tableau de chevalet n'est qu'un illogique raffinement inventé pour satisfaire la fantaisie ou l'esprit commercial des civilisations décadentes. Dans les sociétés primitives, les premiers essais picturaux n'ont pu être que décoratifs.

  1. D'après une brochure publiée par Joséphin Péladan en 1891, intitulée Salon de la Rose-Croix, règles et monitoire. Paris, Dentu.



Symbolisme – Sortilèges de l'eau, à la fondation Pierre Arnaud, Lens. Du 3 février 2017 au 21 mai 2017 http://www.fondationpierrearnaud.ch/fr/100/homepage


Jean Delville, Paysage aux cygnes (1887-1888)

Paul-Albert Steck, Ophélie


Alphonse Osbert, Poème du soir

Charles Clos-Olsommer, Le Silence, 1927

Verres d'Emile Gallé


Ferdinand Hodler, Le lac Léman vu de Chexbres








vendredi 3 février 2017

Sous les lunes de Jupiter

à propos de Sous les lunes de Jupiter, de Anuradha Roy

Malgré sa jeunesse, Nomi a déjà vécu plusieurs vies, dont l'expérience est incommunicable de l'une à l'autre, comme si les étapes vécues avaient eu lieu sur des planètes lointaines. Il y a eu d'abord une enfance indienne, dans une zone en guerre, dont elle ne conserve que des souvenirs épars et poignants, comme celui du goût du pamplemousse. Après la mort violente de toute sa famille, Nomi a été envoyée dans un orphelinat, puis dans un ashram dirigé par un personnage sinistre et manipulateur. Ensuite, ce sera une éducation européenne, en Norvège, auprès de sa mère d'adoption. Et à l'âge adulte, devenue Nomita Frederiksen et travaillant pour une chaîne de télévision, la jeune femme décide de faire un voyage en Inde, avec le prétexte professionnel de préparer un documentaire. Elle se rend dans une petite ville au bord de l'océan, où se trouve un temple qui est aussi un célèbre lieu de pèlerinage. L'expérience de l'exil apparaît dans ce roman à travers différents points de vue. On y trouve celui du présent et celui du passé ; les perceptions de l'enfant et celles de la jeune femme de culture occidentale allant à la recherche de ses origines, encore hantée par la maltraitance et les abus sexuels subis pendant son séjour dans le ashram. Ce sont autant d'éclats coupants d'une mémoire persistante, qui se traduisent par un choix de narration assez complexe, voire un peu déroutant : alternance de la première et de la troisième personne, entre le point de vue interne et externe, ainsi que le narrateur omniscient, absence de repères temporels en dehors d'une suite de journées traversées par de nombreux retours vers le passé... Par ailleurs, si l'histoire de Nomi sert de fil conducteur au récit, d'autres hommes et femmes visitent aussi ces lieux de passage et de tourisme religieux avec leurs propres trames, comme Suraj, son collègue de travail, souffrant de sa difficulté à contrôler ses accès de colère, le guide Badal, fasciné par un amour interdit, ou les trois vieilles dames de Calcutta, parties pour faire un voyage qui devrait être l'aboutissement d'une longue amitié, mais qui devient un révélateur de leur fatigue et de leurs divergences. Le point commun entre tous ces récits dans le récit semble être une certaine fragilité ou précarité. On peut être assez facilement désemparé, victime de violence, frappé par la perte ou l'oubli.

L'agression, physique et sexuelle, qui est exercée surtout contre les femmes et les enfants, se manifeste à plusieurs reprises, souvent de manière visible, dans la façon dont les plus faibles sont enfermés ou terrorisés par le gourou et ses acolytes, mais aussi dans des situations plus banales, lors d'une halte lors d'un voyage en train, où une touriste qui descend quelques instants sur le quai peut être confrontée au harcèlement ou à la menace de viol de la part de certains hommes. Parfois, la brutalité n'est pas explicite, mais suggérée, par exemple, dans l'hypocrisie des contraintes vestimentaires, ou, en général, dans le climat d'insécurité où évoluent les femmes. Il y a de la misogynie, mais également un mépris certain des plus faibles ou des plus pauvres. Cependant, la fuite vers une société plus libre, en ce cas un pays d'Europe, ne garantit pas davantage la guérison des blessures provoquées par toute cette violence, car le souvenir peut resurgir à des moments inattendus, par exemple, à l'occasion d'un voyage, et avec des conséquences inattendues. La forme narrative de Sous les lunes de Jupiter réussit à transmettre quelque chose le l'ordre de l'émotion et du deuil à partir un sujet habituellement traité de manière factuelle et presque comme un lieu commun de la société indienne par la presse. En comparaison, la fiction apporte davantage de sensibilité et de nuances, ainsi qu'une vision à la fois enrichie par la proximité culturelle et corrigée par l'éloignement qu'impose le discours romanesque, au récit de faits atroces ou tragiques.


Sous les lunes de Jupiter, de Anuradha Roy, traduit de l'anglais (Inde) par Myriam Bellehigue. Actes Sud, 2017


jeudi 19 janvier 2017

La dernière nuit à Tremore Beach


à propos de La dernière nuit à Tremore Beach, de Mikel Santiago

   Une des qualités qui font tout le charme du roman noir, roman policier ou roman à suspense à notre époque, peut-être la qualité principale, est la création d'une atmosphère particulière, dans des tonalités lugubres ou effrayantes. Cette atmosphère, lointain héritage romantique et gothique, prend le pas sur n'importe quelle intrigue, façonne même l'intrigue. Le lieu est une partie non négligeable de l'action, lui offre un certain exotisme de nature à brouiller les repères quotidiens. Cependant, nul besoin de châteaux, d'âges obscurs ou d'échos d'outre-tombe pour créer une telle ambiance, qui surgit davantage du contraste appuyé que provoque l'irruption d'une anomalie inexplicable dans un monde des plus sympathiques et transparents, dans des maisons dotées du confort moderne peuplés de gens qui se servent d'internet, dans des endroits qui semblent faits pour des vacances de rêve. Dans ce roman, l'anomalie est d'abord un accident peu banal. Peter, compositeur de musique pour le cinéma en panne d'inspiration, a trouvé dans une maison isolée en bord de mer, dans un village qui ne l'est pas moins, sur la côte du comté de Donegal, le refuge idéal pour se remettre d'un divorce malheureux, un bout de plage où les habitations sont très éloignées les unes des autres. Au village de Clenhburran, il a trouvé aussi des amis et un environnement chaleureux. Mais tout change lorsqu'il est frappé par la foudre en rentrant d'une soirée bien arrosée. Le musicien s'en tire apparemment sans dommage. Pourtant, il commence bientôt à souffrir de violents maux de tête, et à subir des rêveries bizarres et des visions macabres qui ont l'air bien réelles, où lui-même et ses proches sont enlevés ou assassinés. Ces visions sont accompagnées d’événements qui lui font douter de son propre jugement. Du somnambulisme aux prémonitions, en passant par la maladie mentale, l'inquiétante étrangeté se développe ici, en effleurant le genre fantastique, grâce à la pluralité des hypothèses, où le narrateur va nous conduire, tour à tour, par les routes de l'irrationnel ou par celles de la folie et du crime. Et, avec cela, tout le monde devient suspect et toutes les situations équivoques : les touristes, les habitants et les résidents de passage, les médecins, les amis si raffinés qui mènent une existence des plus lisses, les fêtes villageoises... Tout le monde peut mentir ou cacher bien des secrets et on sent bien que la vie dans cette si charmante plage irlandaise risque à tout moment de basculer dans le cauchemar. Peut-être, précisément, en raison de cette ambiance si spéciale faite de solitude, de tempêtes en mer et d'orages électriques, qui peut être aussi belle qu'angoissante. La dernière nuit à Tremore Beach restitue un certain Unheimlich avec bonheur. Un topos bien employé pour entretenir le suspense et les nuits blanches


La dernière nuit à Tremore Beach, de Mikel Santiago, traduit de l'espagnol par Delphine Valentin. Actes Sud / Actes Noirs, 2016

Image : http://www.actes-sud.fr/catalogue/romans-policiers/la-
derniere-nuit-tremore-beach



jeudi 12 janvier 2017

Les Hautes Montagnes du Portugal


à propos de Les Hautes Montagnes du Portugal, de Yann Martel

   Le journal d'un prêtre portugais du XVIIe siècle, échoué sur l'île de São Tomé, est l'origine d'une série de voyages et de quêtes se prolongeant sur plusieurs siècles, où il sera souvent question d'histoire naturelle, de mystérieux cadeaux et des différentes facettes du deuil. Le bien nommé Père Ulisses, après avoir séjourné en Angola, s'installe à São Tomé, à l'époque une colonie en déclin, où l'on cultive un peu de cacao, on ravitaille des bateaux négriers, mais où la pauvreté est particulièrement frappante. Il s'intéresse au sort des esclaves, tout en comprenant que les barrières de langue et de culture empêchent une vraie communication, et rendent impossible l’évangélisation. Il consigne dans son journal la progression de son désespoir, jusqu'au jour où il rend visite à un groupe d'esclaves très particulier, une rencontre qui lui donne l'idée de fabriquer un objet religieux bien étrange, qui aurait plus tard été offert à une église des Hautes Montagnes du Portugal, ce qui désigne dans le roman une région rurale de l'est du pays, près de Bragance, mais qui est avant tout un lieu symbolique. Une région abandonnée et sauvage, du moins à cette époque, au point d'héberger, selon la légende, les derniers exemplaires du rhinocéros ibérique. Cependant, c'est seulement l'étrange objet liturgique, apparemment un crucifix, cité dans le journal du prêtre, qui attire l'attention, en 1904, du malheureux Tomás, qui vient de perdre sa femme, son fils et son père en peu de temps. Pour ce modeste employé d'un musée d'histoire, à Lisbonne, l'idée de trouver le trésor perdu du père Ulisses agit comme un antidote à sa propre mélancolie. Mais il lui faudra se rendre dans une région où il perdra tous ses repères de citadin, et des conditions de voyage particulièrement pénibles dévorent rapidement le temps et même le sens de sa recherche. Plus de trente années plus tard, on retrouve un écho du périple de Tomás dans l'histoire d'une veuve, originaire d'un village de ces Hautes Montagnes, qui souhaite faire autopsier le corps de son mari, afin de savoir, non pas comment il est mort, mais comment il a vécu. Et encore, dans les années 1980, les différents fils conducteurs reviennent dans l'histoire de Peter, parlementaire canadien décidé à changer radicalement de vie, au moyen d'un retour à ses racines portugaises, situées précisément dans ces Hautes Montagnes.

   Les Hautes Montagnes du Portugal offrent de nombreux recoins ombragés et propices à la réflexion, où se mêlent des souvenirs littéraires et des motifs fantastiques. On y croise des grands singes, des animaux quasi-mythologiques, les premières automobiles, les romans d'Agatha Christie, et, surtout, des amours contrariées par la mort. L'abondance d'éléments disparates et leur agencement donnent une dimension exotique à une intrigue qui pourrait ressembler à un cabinet de curiosités en mouvement, car on se déplace beaucoup dans ce roman : à pied, en voiture, en avion... Le deuil se vit à travers le voyage, souvent en marchant, même à reculons, comme pour voir s'éloigner le passé.



Les Hautes Montagnes du Portugal, de Yann Martel, traduit de l'anglais (Canada) par Christophe Bernard. Grasset, 2016


Albrecht Dürer, Rhinocéros

vendredi 16 décembre 2016

Cinco esquinas

sobre Cinco esquinas, de Mario Vargas Llosa

   A mediados de los años noventa, en Lima, dos mujeres se pasan la tarde hablando. Cuando se dan cuenta de que se les ha pasado la hora del toque de queda, la anfitriona, Marisa, propone a su amiga Chabela dormir en su lujosa residencia. La situación, en principio sin ambigüedad, se vuelve rápidamente erótica, y las dos amigas se convierten en amantes. Este episodio sentimental y sexual aparece y se eclipsa con frecuencia dentro de la trama múltiple de Cinco esquinas, representando tal vez un contrapunto placentero en un contexto de inseguridad y violencia generales, el de la sociedad peruana de los años de la dictadura de Fujimori y Montesinos, época marcada también por el terrorismo de extrema izquierda de grupos como Sendero luminoso o MRTA, así como por el marcótráfico. Los distintos personajes de la trama se ven afectados de una manera u otra por los usos del régimen autoritario, y por la acción de grupos terroristas. Tanto el miedo a las bombas y a los secuestros, como los apagones y el toque de queda, forman parte de la tela de fondo de la novela, pero uno de los aspectos principales de la dictadura que se retratan aquí es la injerencia constante del poder en todos los aspectos de la vida: en la economía y la justicia, que funcionan de manera arbitraria. La arbitrariedad y el despotismo se establecen paulatinamente, a través del temor a los que gobiernan o a sus enemigos, en una guerra sin nombre que llega a formar parte de la vida cotidiana. La pérdida de la libertad individual es la consecuencia más llamativa del autoritarismo y de la corrupción masiva, consecuencia llamativa que parece ser sin embargo acceptada resignadamente. Sin embargo, la acceptación silenciosa del fin de la libertad se consigue más certeramente manipulando al público mediante la versión degenerada del periodismo que es el amarillismo, esa prensa que solo se ocupa de escándalos e historias escabrosas, verdaderas o inventadas, y que juega aquí un papel protagonista.

   La prensa amarilla, con su aparente inocuidad y su aparente lejanía de los temas serios, se vuelve un instrumento de presión y una manera cómoda de hundir las carreras de rivales políticos o de llevar a cabo arreglos de cuentas personales con artistas u otra gente conocida. En Cinco esquinas, dos personajes, Rolando Garro y Julieta la Retaquita, representan este periodismo que se mueve entre la frivolidad y la criminalidad, puesto que los reporteros no dudan en utilizar cualquier medio, legal o ilegal, para llegar a sus fines. Pero quién está detrás o al menos quién protege a estos medios de comunicación ? Así, Rolando Garro decide proponer a Quique, un próspero empresario, un negocio que esconde un vulgar chantaje, la revelación de un escándalo sexual a partir de fotos robadas. Cuando Quique se niega a acceptar el chantaje, desencadena así una serie de consecuencias insesperadas que no dejan indemne a ninguno de los personajes. El mundo de la televisión y de los periódicos puede convertirse así en un tentáculo del poder, pero también en una fuerza que nadie puede controlar. La novela oscila constantemente entre la comedia ligera, el thriller y un realismo coral en la manera de dar a ver ciertas realidades sociales por medio de personajes secundarios, todo ello con una gran distancia por parte del narrador, que presenta las situaciones de forma bastante esquemática y dando un papel importante a los diálogos.



Cinco esquinas, de Mario Vargas Llosa, Alfaguara, 2016