lundi 16 avril 2018

Magritte, Dietrich, Rousseau. Objectivité visionnaire


Magritte, Dietrich, Rousseau. Objectivité
visionnaire

A propos de Magritte, Dietrich, Rousseau. Objectivité
visionnaire , du 9 mars au 8 juillet 2018. Kunsthaus, Zurich


La place de la figuration dans la modernité, bien présente au sein des avant-gardes artistiques qui se déploient pendant la première moitié du XX e siècle, est ici explorée à travers une cinquantaine d’œuvres issues de la collection du Kunsthaus de Zurich, exécutées entre 1890 et 1965, et dont certaines n'ont pas été exposées depuis de nombreuses années. L'apparente contradiction dans le titre de l'exposition, rend compte de la complexité du rapport au réel dans une peinture européenne ayant reçu, au cours du XIXe siècle, d'essentielles leçons d'audace et d'indépendance dans la question de la représentation. Si l'évolution de l'art, dans les années 1900, ouvrait la voie au cubisme et à l'abstraction, nombreux sont, cependant, les artistes à avoir créé, à partir d'une base figurative, un monde aux références personnelles, en apparence accessible, mais laissant une large place à l'indicible, à l'inconnu. Cet aspect « visionnaire » dans une peinture qui redonne néanmoins un grand rôle au dessin, à une ligne précise et à un certain réalisme dans la composition, se manifeste dans des paysages aux traits reconnaissables, mais baignés par d'étranges lumières, dans des portraits qui laissent parler les regards, et, plus tard, dans l'irruption de l'imaginaire, voire de l'absurde, dans la vie quotidienne. La mise en scène et la vision poétique dans cette peinture traversent et transcendent les styles et les mouvements. On les retrouve bien chez des précurseurs, comme Böcklin ou Félix Vallotton, notamment dans la façon dont les scènes sont agencées, dans ce que le spectateur peut déduire de la relation entre leurs personnages ou de leur état d'esprit. Certains points de vue sont inhabituels, comme dans La Malade (1892) de Vallotton, où le personnage qui donne son titre au tableau est seulement visible de dos, et l'essentiel de l'image est occupé par des attributs ou des objets qui désignent la maladie : le fait d'être alitée pendant la journée, les remèdes sur la table de nuit ou la tisane apportée par la femme de chambre. Le réalisme de Vallotton évolue par la suite, dans ses paysages, vers un rendu à la fois stylisé et précis. Une vision singulière qui n'est ancrée ni dans l'impressionnisme, ni dans la peinture académique.

Cette tendance à un réalisme affranchi de toute convention, cultivant des traits poétiques et un certain goût pour s'inscrit pleinement dans la modernité à travers différents courants artistiques. Après Vallotton, Henri Rousseau, Camille Bombois ou Adolf Dietrich offrent des couleurs intenses et affirmées, sans atténuation, ainsi que des perspectives rappelant les images médiévales... Tout ce qui fait le style dit « naïf », et qui, dans les années 1920, est concurrencé par une nouvelle tendance venue d'Allemagne, la Nouvelle objectivité. Avec le surréalisme, et sa volonté de mettre en scène des mondes inconscients, on parvient à une description réaliste de l'irréel. Les oiseaux de Magritte ou les déserts de Dalí, peuplés de figures inquiétantes possèdent cette logique des rêves, où la précision de la vision s'oppose à l'impossibilité de l'interprétation.





Site où l'on peut voir certaines des œuvres exposées.




Henri Rousseau, Portrait de
 Monsieur X (Pierre Loti), 1910
Félix Vallotton, La Malade, 1892






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